La Hestre, petit village mais grand carnaval

La Hestre, un petit village mais grand de son folklore…

Romain Leleux est enseignant et habite à La Hestre. Membre de la société royale de Gilles « Les Récalcitrants » de La Hestre (31 participations). Il s’investit dans le comité dès l’âge de 22 ans. D’abord en tant que vice secrétaire et depuis 5 ans comme vice président. Il est également président depuis 2 ans des “Amis du folklore La Hestrois”, groupement qui consiste à valoriser le folklore local et à mettre en avant chacun des acteurs de leur carnaval.

J’avais envie de lui poser quelques questions, Romain a répondu à celles-ci avec toute la passion et les connaissances d’un sujet qui lui tient à cœur.

D’où te vient cette envie de faire le gille?
R.L :Ma famille est une famille de carnavaleux. Cela remonte à mon grand père, qui est un des membres fondateur des Récalcitrants en 1965. D’ailleurs étant plus jeune, mes parents n’habitant plus La Hestre, c’est de chez papy et Mamy que je démarrais.
Mais pour la petite anecdote, mes premières années de Gilles ont eu lieu en terre Levalloise, aux Plapids. Mon parrain y étant originaire, avait proposé à mes parents que je le fasse avec lui . La première année forcément les parents forcent un peu le petit bout de 2 ans que j’étais , mais ils n’ont pas dû y mettre trop d’efforts quand même , j’ai directement accroché.
Après 4 ans, pour diverses raisons mon parrain a arrêté et mon grand père m’a rapatrié à La Hestre. Nous sommes alors en 1994 et je n’ai plus bougé depuis 😊. Mais j’ai surtout ramener mon parrain dans le folklore il y a 5 ans, mais à La Hestre cette fois.
Et en 2022 (je l’espère), la boucle sera bouclée avec le premier carnaval de mon fils, Léo, qui aura alors 2 ans.
Mon seul regret familiale d’un point de vue carnaval est de n’avoir jamais fait le gille avec mon grand père. Sa santé ne lui permettait déjà plus dans les années 90.

Peux-tu nous dire quelque mots sur la description des “Récalcitrants”?
R.L: La société a été créée le 17 octobre 1965. Elle est née d’une scission avec la société de Gilles « Les Commerçants » de La Hestre. Les deux sociétés de Gilles restants dans le village sont donc historiquement liées.
Le 12 janvier 2016, la société obtient le statut « Royal »
Notre société est composée d’une soixantaine de Gilles (dont une quinzaine de petits). Derrière nous suivent une cinquantaine de dames.
Notre batterie est gérée par Fabian Coupin et notre musique par Carl Verhofstad.
Côté histoire: notre carnaval est ancré dans le village depuis plus de 120 ans, la société des Commerçants a fêté cet anniversaire en 2017.

Comment se déroule vos activités durant l’année?
R.L: Comme toutes sociétés, nous multiplions les activités pour boucler notre budget. Nous réalisons des ventes de lasagnes à notre local, une pétanque, un stand de nourriture aux festivités du 15 août mais nous avons surtout deux activités phares, qui rassemblent beaucoup de nos membres, tant en terme d’aide que de participation.
Il y a le Week-end Récal’, le second week-end de juillet (10-11 juillet 2021) : le samedi, nous réalisons un jogging faisant partie du challenge du Hainaut, « Le relais des Récalcitrants », jogging relais par équipe de deux dans le bois et la drève de Mariemont.
Le dimanche est une journée plus locale, plus familiale, avec un barbecue à midi, château gonflable pour les enfants et diverses représentations comme de la zumba, nos majorettes locales… et la diffusion des finales de grands tournois une année sur deux. Je ne peux oublier l’ambiance lors de la petite finale des diables en 2018, le samedi du jogging. En 2021, nous réaliserons la cinquième édition du week-end.
La seconde activité, qui est clairement une tradition depuis des décennies, c’est notre souper aux moules, le deuxième week-end de novembre, où nous sortons chaque année plus de 200 couverts.

Soumonces et carnaval, explique nous les dates à retenir?
R.L: Notre saison carnavalesque commence en décembre, avec notre répétition de batterie (toujours le 2eme vendredi du mois). Nous sortons quelques heures, un carton à la main, dans les rues du village pour terminer vers 23h au local, pour continuer la fête avec un bon bol de soupe à l’oignon.
Ensuite, il y a 3 soumonces.
La première en batterie à lieu huit semaines avant le carnaval, suit la seconde en batterie trois semaines plus tard et enfin une soumonce générale en musique deux semaines avant le carnaval. Soumonce générale déguisée pour toutes les sociétés sauf pour les Gilles “les Commerçants” qui privilégient le sarrau et l’appertintaille.
Le carnaval se déroule sur 3 jours.
Le dimanche dès l’aube, les 5 sociétés La Hestroise martèlent le pavé : les Gilles les Commerçants, les Gilles les Récalcitrants (avec les dames qui nous rejoignent à 8h), les Pierrots, les Vis Contins (en grand père) et les Améthystes (tablier blanc).
Le dimanche est constitué de deux cortèges, un le matin et un fin d’après midi avec un rondeau sur la place du village.
Le lundi matin, les deux sociétés de Gilles sortent en batterie, un des plus beaux moments pour moi car on peut vraiment dire à ce moment-là que le village nous appartient, il n’y a personne. Le soir, il y a un cortège de nuit suivi du feu d’artifice.
Le mardi après midi, les sociétés sortent avec en point final, les différents brûlages de bosses en soirée.
Et le mercredi, on digère tout cela autour d’une assiette d’harengs dans les locaux respectifs.
Normalement en 2020, les Majorettes de La Hestre, « Les nouvelles Royales Graces » (groupement recréé après plus de 30 ans) aurait dû ouvrir le cortège du dimanche après midi. Ce n’est évidemment que partie remise.

Quel est ton moment préféré ou celui que tu as envie de faire découvrir au public?
R.L: La réponse va peut-être paraître un peu bateau mais je dirais nos ramassages où respirent la convivialité et l’engouement.
Après, comme j’ai dit tantôt, il y a notre lundi matin, très convivial également. En 2019, j’avais réuni toute la société chez moi pour ma médaille de 30 ans. Cela ne se fait pas spécialement chaque année mais ce sont toujours des moments uniques. Le manque de contraintes du lundi matin (pas de cortège) nous permet de faire un petit rondeau entre nous devant les cafés, de bloquer les rues et en redemander à nos batteries. Bref La fatigue du très long dimanche est très vite oubliée.

L’entente entre sociétés est-elle bonne?
R.L: Oui oui très bonne. Parlant d’ailleurs de moments uniques tantôt, j’aurais pu également citer ce moment du mardi où les deux batteries et musiques des Récalcitrants et des Commerçants se réunissent pour quelques airs. Cela se fait toujours à l’impro, le moment dans la soirée où une des sociétés arrive à un café et que l’autre y est. Toutes les valeurs du carnaval y sont réunies en un tableau. Il y a d’ailleurs de belles vidéos de cela sur YouTube.

Nous sommes en pleine crise sanitaire depuis Mars 2020, avez-vous pu sortir cette année?
R.L: Non, La Hestre a été le premier week-end annulé, 3 jours avant les festivités.

et 2021?
R.L: Nous n’avons pas encore eu de communication officielle de la commune, mais nous ne sommes pas dupes.
Elle devrait certainement arriver très bientôt, maintenant que les annulations se concrétisent un peu partout dans la région.

 

Le moral des gilles durant cette période?
R.L: Moral dans les chaussettes forcément. Tout le monde reste conscient de l’ampleur de la situation mais après, pour l’amoureux du folklore, le cœur ne peut que saigner…encore une fois.
Après l’annulation de 2020, nous avions tout de suite mis beaucoup d’espoir pour la version 2021…c’est de nouveau reporté d’un an.

Et les commerces et indépendants du village résistent?
R.L: Ils font comme partout je pense, ils tentent de survivre et nous essayons de les soutenir au maximum. Par exemple, à La Hestre, les cafés donnent une cagnotte “café” annuelle aux sociétés. Après cette annulation, bien qu’il y ait eu 3 soumonces et donc des frais, avec le comité des Récalcitrants, nous avons décidé de leur rendre la totalité de la somme. Après l’annulation 2020 donc!

Comment envisagez-vous le futur?
R.L: Il y a un mélange d’optimisme et de craintes. Partout dans la région, il va falloir relancer un carnaval à l’arrêt depuis 2 ans pour certains, avec des rentrées pas du tout habituelles, des gilles qui seront peut-être passés à autre chose, d’autres qu’il faudra peut être remotiver ou encore d’autres qui auront peut être été marqués par les épreuves de la vie durant ces deux ans…
Notre comité reste plus soudé que jamais, avec plein d’idées en têtes et il est clair que si nous en avons la possibilité, nous essayerons de marquer le coup en 2022.
Après, et là je parle sur un plan purement personnel, j’ai fait mon deuil du carnaval en mars mais pas encore d’une éventuelle journée folklorique (comme une soumonce estivale par exemple) si la situation sanitaire le permet… certains disent que l’espoir fait vivre, mais le covid ne m’enlèvera pas mon optimisme.

Merci Romain pour ces explications, anecdotes et découvertes. Veux-tu ajouter quelque chose?
R.L: Peut être juste d’un point de vue familiale dans la première question. Dire que ma femme de gille, qui est là personne essentielle à la réussite d’un carnaval, est également tombée dans la marmite du folklore étant petite, faisant partie des dames depuis son plus jeune âge, et étant aussi vice présidente de son groupement. Nous vivons toute l’année au rythme du carnaval et cela nous manque cruellement.

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